Whisky : Comment réinventer les occasions de dégustation en 2024 ?
Dans l’univers foisonnant des spiritueux, les embouteilleurs indépendants occupent une place à part. Véritables artisans du whisky, ils sélectionnent avec soin des fûts d’exception pour créer des bouteilles uniques et façonner des marques à forte identité. Rencontre avec Pierre Tissandier, à la tête du Whisky Lodge à Lyon, qui nous plonge dans les coulisses de ce métier passion.
Issu d’une famille d’épicuriens, Pierre baigne depuis son enfance dans l’univers des spiritueux. Après un parcours chez des géants comme Guinness, Diageo ou Moët Hennessy, il reprend il y a 13 ans l’entreprise familiale fondée par son père en 1968. Son leitmotiv : dénicher des pépites et sublimer le caractère unique de chaque whisky.
« Notre force, c’est de continuer à dénicher des produits rares et à les sélectionner méticuleusement. Nous achetons des fûts à différents stades de vieillissement, de quelques mois à plusieurs années. C’est un vrai pari sur l’avenir ! »
Pierre Tissandier, directeur général chez The Whisky Lodge
L’expertise de l’embouteilleur indépendant
Le cœur de métier du Whisky Lodge ? Sélectionner des fûts remarquables auprès de distilleries renommées ou confidentielles, pour les faire vieillir jusqu’à maturité optimale avant embouteillage. Un travail d’orfèvre qui demande un flair aiguisé et une connaissance intime du whisky.
« Notre force, c’est de continuer à dénicher des produits rares et à les sélectionner méticuleusement », souligne Pierre Tissandier. « Nous achetons des fûts à différents stades de vieillissement, de quelques mois à plusieurs années. C’est un vrai pari sur l’avenir ! »
Le « nez » de l’embouteilleur scrute l’évolution de chaque fût, goûtant régulièrement les échantillons pour déterminer le moment idéal de mise en bouteille. Un processus long et coûteux, avec son lot d’incertitudes. « On n’est jamais à l’abri d’une mauvaise surprise. Il nous est arrivé de revendre des fûts de Caol Ila pourtant prometteurs mais devenus trop amers avec le temps. »
Créer une marque à forte identité
Au-delà de la sélection pointue des whiskies, l’embouteilleur indépendant a un rôle clé dans la création d’une identité de marque forte. C’est tout l’enjeu des gammes propres du Whisky Lodge, Orcines et Kirk & Bright, lancées respectivement en 2014 et 2022.
« Avec Orcines, on cherche à exprimer la pureté et la finesse du whisky, en limitant l’influence du fût », détaille Pierre. Un parti-pris qui se reflète dans le design épuré et intemporel de la bouteille. « À l’inverse, Kirk & Bright se veut plus fun et décalé, avec un packaging punk et haute en couleurs qui tranche avec les codes traditionnels. »
Derrière ces identités affirmées, une même quête d’excellence et d’accessibilité. « On essaie de proposer le meilleur rapport qualité-prix-plaisir à chaque gamme de prix. »
Réinventer les occasions de consommation
Autre enjeu marketing crucial : réinventer les occasions de consommation du whisky. Une réflexion dans laquelle Pierre Tissandier puise son expérience chez Diageo.
« Chez Diageo, on travaillait sur une segmentation en 6 occasions, du moment fun en discothèque au plaisir solitaire d’un verre au coin du feu, en passant par le cadeau statutaire. L’idée était d’avoir une marque adaptée à chaque moment de vie. »
Une approche qu’il décline aujourd’hui avec ses propres créations. « Avec Kirk & Bright, on cible clairement un instant de décompression après le travail, quand on rentre chez soi et qu’on a envie d’un whisky frais et accessible, à déguster avec des glaçons. Orcines jouera davantage sur le plaisir de la dégustation et de la découverte. »
Cap sur l’e-commerce et l’international
Pour faire rayonner ses marques et toucher de nouveaux publics, Le Whisky Lodge mise sur une stratégie digitale ambitieuse. « Le e-commerce est un axe de développement prioritaire, en complément de notre ancrage physique à Lyon. On travaille beaucoup les contenus pour recréer en ligne l’expérience et le storytelling qu’on propose en boutique. »
La PME familiale regarde aussi vers l’international, avec une présence croissante de ses whiskies en Europe et en Asie. « L’export est clé pour poursuivre notre développement, même si les contraintes réglementaires restent un défi sur certains marchés. »
Quant aux sirènes du web3 et des NFT qui agitent l’univers des spiritueux, Pierre Tissandier reste prudent. « C’est un sujet qui me parle moins à titre personnel. Je reste attaché à la dimension physique du whisky, à ce voyage sensoriel qu’on fait quand on ouvre une bouteille. Mais je suis curieux de voir comment les grands groupes vont s’emparer de ces innovations ! »
Conclusion
De la sélection minutieuse des fûts à la création d’identités de marque singulières, en passant par le façonnage de nouvelles occasions de dégustation, les embouteilleurs indépendants réinventent l’art du whisky. Un métier en pleine effervescence, porté par des passionnés comme Pierre Tissandier, qui n’ont pas fini de nous surprendre et de sublimer les nectars made in Scotland. Santé !