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Startup bière : comment Brique House est devenue la brasserie craft qui bouscule le marché français

Startup bière : comment Brique House est devenue la brasserie craft qui bouscule le marché français

En bref

Baptiste Dufossez, cofondateur de Brique House, déconstruit la success story de la brasserie lilloise lancée en mars 2020. En à peine deux ans et demi, la startup bière est passée de 0 à 10 000 hectolitres annuels, a ouvert trois taprooms et distribue ses bières dans 2 000 points de vente via une cinquantaine de distributeurs CHR.

Points clés : le rôle décisif d’un passage chez AB InBev pour maîtriser les données marché et convaincre les banques, l’importance d’investir dans le branding avant même le business plan, la recherche obsessionnelle du produit parfait (400 tests sur un Brewmaster 20 litres), et une stratégie de prix agressive rendue possible par les économies d’échelle.

Baptiste partage aussi sa vision : devenir le premier brasseur craft français en ciblant les 25-35 ans, avec une ambition européenne assumée.

Une feuille de route utile pour tout·e fondateur·trice de marque de boisson.

De AB InBev à la startup bière : construire sur les épaules d’un géant

Ce qu’un poste de category manager apporte à un fondateur

Avant de lancer Brique House, Baptiste Dufossez a passé trois ans et demi chez AB InBev, le premier brasseur mondial. D’abord commercial terrain pendant un an et demi, puis category manager au siège, il représentait le portefeuille de marques du groupe (Leffe, Hoegaarden, Stella Artois) auprès de centrales d’achat pesant un quart de la part de marché GMS en France — les enseignes Intermarché, Auchan et consorts.

Ce poste lui a donné accès aux sorties caisses Nielsen, aux données IRI et à une lecture granulaire du marché bière, vin et spiritueux. Des compétences rares dans l’univers des microbrasseries, où les fondateurs·trices viennent plus souvent du brassage que de l’analyse de category management.

Baptiste en a tiré un avantage concret : la capacité de bâtir un business plan qui parle la langue des banquiers.

Baptiste Duffosez, fondateur de Brique House

Convaincre les banques avec des données, pas avec de la passion

« J’étais capable de dire à un banquier : le craft en France, c’est 8 % de part de marché. Au UK, c’est 15 %. Aux US, c’est 23 %. » Baptiste a visité huit banques, pas deux. Sur les huit, cinq ont accepté de prêter. La clé : une présentation construite avec des données issues de son expérience chez AB InBev, démontrant que le segment craft moderne — NEIPA, Double IPA, lagers améliorées — représentait le véritable pool de croissance, là où le craft traditionnel (triples, brunes, bières de garde) approchait de la saturation.

Le résultat : 800 000 euros de dette levée avec 100 000 euros d’apport. 600 000 euros pour la brasserie, 200 000 euros pour la première taproom.

Un ratio de levier qui a permis d’acheter deux tanks de fermentation supplémentaires par rapport au plan initial. Baptiste insiste sur un point : le temps passé sur la présentation — un à deux mois de travail — a directement conditionné le budget disponible au lancement.

Trouver un associé brasseur : un vrai processus de recrutement et non un coup de chance

L’histoire de l’association avec Joseph mérite qu’on s’y arrête pour ce qu’elle révèle de la méthode. Baptiste a contacté environ 300 brasseurs·euses via des groupes Facebook, des forums et son réseau. Il en a rencontré entre 50 et 100 en un an, à raison de rendez-vous quasi quotidiens — un verre à Lille le soir, une visio le week-end.

Joseph est arrivé au bout de quatre à cinq mois. Le courant passe, mais l’engagement mutuel se construit sur trois à quatre mois d’entretiens structurés. Ce qui fait basculer la décision : Joseph, 34 ans à l’époque, deux enfants, propose de vendre sa maison pour mettre 40 000 euros sur la table.

Baptiste y voit le signal d’un engagement au moins égal au sien. Huit ans d’écart, des profils complémentaires — commercial d’un côté, brasseur de l’autre — et une répartition claire des rôles qui tient toujours aujourd’hui, Baptiste étant officiellement CEO depuis un an.

Branding et bière craft : investir avant d’avoir les moyens

Payer l’agence de com avant même d’avoir l’emprunt

C’est probablement l’une des décisions les plus contre-intuitives du parcours Brique House. Baptiste et Joseph ont chacun versé 7 500 euros à leur agence de branding, alors que Baptiste était encore salarié chez AB InBev et que l’emprunt bancaire n’était pas encore bouclé.

L’objectif : arriver devant les banques avec un prototype de marque complet, pas un PowerPoint générique. « Sur un budget de 900 000 euros, on n’est pas 10 000 ou 20 000 euros près sur la marque, alors que c’est la marque qui va construire beaucoup de choses — surtout pour une boîte consumer. »

L’agence a accepté une prestation all inclusive malgré un budget serré, convaincue par le projet et les deux fondateurs. Le naming, l’identité visuelle, les étiquettes, la perspective 3D du lieu — tout a été produit en amont de la campagne KissKissBankBank. Une approche qui rejoint ce que l’on observe chez les marques de boisson les plus structurées : le branding n’est pas une dépense, c’est un outil de financement.

Le naming Brique House : penser local et international dès le départ

Le nom initial — que Baptiste refuse de dévoiler — était « pourri », de son propre aveu. C’est l’agence de communication qui a proposé « Brique House » en jouant sur un double registre. Le mot « brique » est profondément ancré dans le Nord, évoquant l’architecture locale. Écrit B-R-I-C, il fonctionne aussi en anglais, ouvrant la porte à une expansion européenne.

Ce choix reflète une réflexion stratégique absente de beaucoup de projets brassicoles : penser le naming en fonction des marchés futurs, pas seulement du marché de lancement. Si Brique House n’avait eu aucune ambition internationale, le nom aurait pu rester en anglais pur. L’ancrage français est un choix délibéré, pas un accident. Un cas d’école pour quiconque travaille sur la création d’une marque de boisson destinée à dépasser ses frontières régionales.

gamme permanente Brique House

Un design system pensé pour la duplication

L’étiquette de la gamme permanente a nécessité une vingtaine d’allers-retours en trois à quatre mois. Le brief était clair : quelque chose d’autoritaire, statutaire, iconique et surtout facile à dupliquer. Baptiste avait observé que dans le craft, chaque brasserie se cassait la tête à produire des visuels uniques pour chaque référence — magnifiques, certes, mais chronophages et difficiles à maintenir en cohérence.

Le résultat est un système graphique rigide sur la gamme permanente (six références), reconnaissable de loin en linéaire, et un espace de liberté plus grand sur les éphémères. Le toucher granité de l’étiquette, détail sensoriel que Baptiste surveille personnellement auprès de l’imprimeur, illustre le niveau de contrôle qualité appliqué au packaging. Un détail qui peut sembler anodin, mais qui participe à l’expérience de marque au même titre que le liquide.

Produit, pricing et distribution : mécanique de croissance

400 tests avant le premier brassin commercial

Selon Baptiste, Joseph a passé neuf mois à brasser dans son garage sur un Brewmaster 20 litres. Trois brassages par semaine, trois dry-hoppings différents par brassin, soit neuf versions de bières par semaine. Un comité de dégustation de sept à huit personnes externes, toujours les mêmes, se réunissait un lundi sur deux pour évaluer les progrès.

Baptiste reconnaît avoir été intransigeant au point que les trois premiers mois de dégustations étaient « désastreux ». L’objectif était de disposer de neuf recettes solides pour l’ouverture — de quoi remplir le beer wall de la première taproom. Plutôt que de lancer vite, le duo a budgété une quinzaine de brassins jetés sur le nouvel outil de 10 hectolitres, soit trois à quatre cycles complets, pour absorber l’écart entre le pilote 20 litres et l’échelle de production. Un investissement en temps que peu de startups bière s’autorisent, mais qui a construit la réputation produit de la marque.

Le rapport qualité-prix comme arme stratégique

La stratégie de pricing de Brique House est délibérément agressive. La Mick Lager sort à 2,70 euros la 33 cl, avec un objectif GMS autour de 2,20 euros. La Bagarre (Double IPA, 7,7 % ABV) et la Yankee Trouble (NEIPA, 6,5 % ABV) visent respectivement 2,60 et 2,40 euros.

Des niveaux de prix inhabituels pour des bières craft de cette complexité. Baptiste assume le choix : privilégier le volume et la construction de marque plutôt que l’EBITDA à court terme. Les économies d’échelle — achat de malt en silo plutôt qu’en sacs de 25 kg, passage à un outil de 40 hectolitres — permettent de contenir l’inflation à +3 % sur les matières premières là où la filière subit du +8 %. Le passage en GMS chez Monoprix et Carrefour (dans le Nord) début 2023, via le distributeur IBB, devrait amplifier cet effet volume.

Un pari qui rappelle la trajectoire de BrewDog au Royaume-Uni, modèle revendiqué par Baptiste.

Du CHR aux taprooms : une distribution à trois étages

La répartition des volumes de Brique House dessine un modèle hybride. Les trois taprooms (entre 500 et 1 500 m², dont deux dans l’agglomération lilloise et une en centre-ville) absorbent 20 à 25 % de la production. Le CHR capte le reste via une cinquantaine de distributeurs alimentant environ 2000 points de vente. La GMS, canal tout juste activé fin 2022, constitue le troisième étage.

Sur le packaging, la bouteille 33 cl et la bouteille 75 cl se partagent l’essentiel du volume conditionné. La canette de 44 cl représente environ 8 % du volume — un chiffre que l’acquisition récente d’une encanneuse devrait faire progresser. Baptiste admet que le format 75 cl, auquel il était initialement opposé par crainte de « dénaturer la marque », s’est révélé indispensable dans le Nord.

Un rappel utile : les convictions de marque doivent parfois céder devant les habitudes de consommation locales.

Pour comprendre les dynamiques de distribution dans le secteur, les tendances boissons de SUPERPOTION™ offrent un panorama complet.

Ambition, humilité et les erreurs qui forgent une marque

L’épisode Saveur Bière : quand le produit ne suit pas

Neuf mois après le lancement, Brique House décroche une place dans le calendrier Beery Christmas de Saveur Bière — un coup de projecteur considérable pour une jeune brasserie.

Problème : il faut produire 150 hectolitres et les embouteiller sur une ligne huit becs, à la main. Résultat : 45 000 bouteilles d’une Pale Ale qui arrive oxydée chez les consommateurs·trices après quatre mois de stockage entre les entrepôts de la brasserie et ceux de Saveur Bière.

Les notes sur Untappd s’en ressentent. Baptiste qualifie cet épisode de « grosse claque ». Il illustre un paradoxe fréquent chez les startups bière en hypercroissance : la demande commerciale dépasse la capacité technique. Le passage récent d’un outil de 10 à 40 hectolitres a généré des ajustements similaires, que l’équipe de 25 personnes en brasserie absorbe progressivement. Le produit reste, selon Baptiste, le sujet le plus complexe et le seul véritablement « game changer ».

Afficher son ambition sans rougir

« On veut faire de Brique House une brasserie dans le top 3 du craft en Europe dans 3-4 ans. On veut titiller BrewDog. On veut peut-être même les dépasser. » Cette phrase, prononcée sans hésitation, détonne dans un écosystème craft français où l’ambition se murmure plus qu’elle ne se clame.

Baptiste observe une forme de dichotomie chez certain·es confrères·sœurs : « Les acteurs se regardent tous en se disant non mais moi je veux rester petit, et en même temps ils sont bien contents de grossir. » La cible déclarée — les 25-35 ans, génération Y aujourd’hui, Z demain, Alpha dans dix ans — structure toutes les décisions de marque, du ton de communication aux choix de recettes (une Double IPA à 35 IBU plutôt qu’à 60, pour rester accessible).

Cette transparence stratégique a un effet concret : elle aligne l’interne (150 collaborateurs fin 2022), rassure les distributeurs et crée un récit de marque lisible pour les médias. C’est aussi un levier de recrutement dans un secteur où la culture d’entreprise et la vision du fondateur pèsent lourd dans l’attractivité employeur.

Conclusion

Le parcours de Brique House n’est pas une success story linéaire. C’est une mécanique construite sur trois piliers que Baptiste Dufossez a articulés avec méthode : une connaissance du marché issue du monde des grands brasseurs, un investissement branding réalisé avant même la première levée de fonds, et une obsession produit qui a englouti 400 tests et des mois de dégustations infructueuses.

Ce qui rend ce cas d’étude utile pour les fondateurs·trices de startups bière et plus largement de marques de boisson, c’est la séquence. Marque d’abord (pour convaincre les banques), produit ensuite (pour fidéliser), distribution enfin (pour construire le volume). Et à chaque étape, un niveau de contrôle qualité — du Pantone de l’étiquette au grain du papier — qui transforme les détails en avantage concurrentiel.

Reste la question ouverte : Brique House parviendra-t-elle à maintenir cette exigence en passant de 10 000 à 50 000 hectolitres, puis au-delà ? Baptiste le dit lui-même : « On n’est rien, on a tout à faire. » Mais la feuille de route est posée — et elle est lisible.

FAQ

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Ludovic Mornand

Fondateur de l'agence de design Studio Blackthorns et du media SUPERPOTION™. Ludovic est le fondateur et directeur de Studio Blackthorns et SuperPotion™. Il anime les émissions SuperPotion™, The Bottlefield Show et 1000 Hectos, toutes les trois spécialisées dans le secteur de la boisson. « À travers ce podcast, à la fois fun et enrichissant, j’ai souhaité marquer mon empreinte d’expert dans le secteur de la boisson alcoolisée et non-alcoolisée en invitant des professionnels de l’industrie : brasseurs, distillateurs, vignerons, cavistes, journalistes. Mon but est d’apporter de l’inspiration à ces acteurs de la filière Potions pour les aider à sans cesse se renouveler. C’est ainsi qu’est né le podcast SuperPotion™, une émission divertissante et empreinte de nostalgie pop-culture pour les années 90s. SuperPotion, un élixir d’innovation pour sublimer toutes vos boissons ! »

Articles publiés par : Ludovic Mornand
Encore un article cool !
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SUPERPOTION™ EP, Vol. 1, un projet musical inédit qui transforme le contenu de plus de 90 épisodes de podcast en 5 titres musicaux originaux. Une première dans la filière boisson en France.