Tendances Boisson 2023 Part.1 : conversation avec Meriadec Buchmuller

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Tonic, premium mixer, kombucha, boisson fonctionnelle, craft soda… Quelles seront les tendances boisson en 2023 ?

Cet épisode est le premier volet d’une série de podcasts intitulée [Tendances 2023] et nous allons nous intéresser à plein de sujets, avec comme focus principal : le tonic (aussi appelé “eau tonique”).

Le tonic (ou tonic water) est une boisson gazeuse légèrement amère contenant de la quinine et du sucre ou des édulcorants. Cette boisson est née en Inde au XIXe siècle, où la quinine était consommée par les Britanniques pour se prémunir contre la malaria. Aujourd’hui, l’eau tonique contient généralement une quantité plus faible de quinine et est utilisé comme mixer dans les boissons alcoolisées, notamment le célèbre Gin Tonic. On peut dire que la popularité du gin a donc contribué à stimuler les ventes de tonique. Le marché mondial des premiums mixers devrait d’ailleurs augmenter de 6,5 % entre 2018-2023, selon Mordor Intelligence. En effet, la demande est particulièrement élevée en Europe et en Amérique du Nord.

Entre Dr Pepper qui investit 50 millions de dollars dans le fabricant de bière sans alcool Athletic Brewing, Coca-Cola et Monster Energy Drinks qui surfent sur le marché des hard seltzers, ou encore Brewdog qui étend son département spiritueux avec Brewdog distilling Co, les frontières se floutent entre alcool et sans alcool au détriment des consommateurs.

Dans cette partie 1, nous allons échanger en mode brainstorming sur plusieurs thèmes, notamment :

Un programme chargé, mais passionnant et tout cela accompagné de Meriadec Buchmuller, fondateur d’Hysope ! 💦

Pourquoi éduquer les distributeurs sur les tendances et innovations est important ?

C’est vachement intéressant et cette vision distribution que tu as, je pense que je ne l’ai pas parce que ce n’est pas mon métier. Mais en tout cas, tu dois voir des choses effectivement… c’est des vieux de la vieille au final, ça ne se renouvelle pas et limite tu dois éduquer les distributeurs à de nouvelles boissons. Ce serait par là qu’on commencerait ? Ce serait par où ?

Je vais enlever le « limite » que tu dis, c’est clairement ça. Aujourd’hui, les faiseurs de tendances sont évidemment les marques et ce ne sont pas du tout les grossistes ou même les distributeurs qui, eux, sont un peu là au moment où ça fonctionne.

Je te prends l’exemple de marques mondialement connues comme Aperol ou Campari. Il y a dix ans quand Aperol distribuait – en l’occurrence par Campari en France – va présenter ses produits chez les grossistes, les grossistes disaient : « ton truc sucré et amer et rose orangé, etc., je n’en veux pas ». Et aujourd’hui, ils commandent par camion complet. Et tout simplement parce que la marque a fait un job de fou et ensuite les distributeurs… Alors là, si les grossistes m’entendent, ils vont me taper sur les doigts en disant qu’eux aussi savent lancer les tendances, mais c’est souvent les marques elles-mêmes qui éduquent à fond le consommateur et le grossiste, en un sens, est un consommateur.

Et pour toi, Hysope, tu es plutôt calibré sur le CHR B2B plus que B2C dans l’idée ? Parce que tu es quand même présent dans pas mal de cavistes, en tout cas proche de chez moi, tu es présent, donc c’est un peu les deux ?

Moi aujourd’hui mon marché, c’est 75 % CHR en volume. En fait, moi aujourd’hui, mon but c’est d’être dans les réseaux de prescription, c’est-à-dire que c’est d’être dans les endroits où les gens suivent les tendances, cherchent des tendances et veulent faire les tendances. C’est vraiment les trend-setters quoi. Et on ne construit une marque que comme ça sur le marché français précisément. Tu vas au UK, c’est différent ; tu vas en Allemagne, c’est différent. Mais encore une fois, c’est très lié à la distribution. Il n’y a pas très longtemps, j’étais au téléphone avec l’ancien DG de Schweppes en France. Et c’était hyper sympa et bienveillant et en même temps ça faisait vraiment vieux de la vieille et moi le petit newbie. Il me disait : « c’est courageux de se lancer dans un lancement de boisson sans alcool en France », avec un peu le côté « bonne chance ! ».

Et tout ça pour dire que la distribution en France est très différente entre… Tu es en CHR, donc chez un restaurateur ou chez un caviste, tu ne peux pas être chez Carrefour ou Monoprix et un autre. En Angleterre, en Allemagne, ils s’en foutent. En France, tu es obligé d’être sur les deux fronts en même temps. Et c’est pour ça qu’il y a plein de marques d’ailleurs qui ont les mêmes jus entre le CHR et la GMS, mais en revanche ils n’ont pas la même étiquette.

Moi je ne veux pas rentrer là-dedans parce que je trouve que c’est une façon de flouer un peu le consommateur et puis on est en GMS.

Et pour répondre concrètement, aujourd’hui on est plus en CHR, parce que c’est aussi là qu’est la conso, tu bois plus souvent des gin-tonics en terrasse que chez toi.

Est-ce que tu as un exemple de boisson qui serait parti sur le B2C, donc directement consommateurs, clients, particuliers, et qui aurait gagné une popularité telle que les distributeurs s’en emparent et veulent en mettre de partout ?

Je sens le début d’un truc comme ça pour JNPR, qui est sans alcool. Valérie, que je connais bien et qui est une amie, a commencé quasiment uniquement en B2C sur le web. Et maintenant, elle s’attaque plutôt B2C, etc.

Est-ce que j’ai des exemples de choses qui sont, on va dire, très connues ? En fait, c’est dur d’être bon en B2C… enfin, c’est beaucoup plus facile de l’être maintenant via internet, ce qui était moins le cas il y a quelques années.

Donc là, comme ça, tout de suite, j’ai du mal à te trouver un bon exemple.

Peut-être que le marché est un peu trop jeune encore. Et effectivement, JNPR, elle soigne très bien son branding globalement. Et les produits, j’en ai deux chez moi, je les ai goutés et j’ai un peu halluciné. Pour être honnête, j’ai trouvé ça vraiment très cool. Après, vous avez peut-être la chance avec des boissons sans alcool, en termes de publicité ou de marketing, de ne pas passer sous le coup de la loi Evin. Je ne sais pas vraiment pour les tonics parce qu’il y a peut être d’autres règlementations, mais pour tout ce qui est sodas en l’occurrence, tu peux faire des reels sur TikTok et être partagé par des mineurs, au final, ce n’est pas grave, il n’y a pas d’alcool dedans. Donc là-dessus, il y a vraiment une niche et une potentielle clientèle de fou.

Ouais, clairement, et ça c’est un énorme avantage. Et il y a une marque, c’est encore jeune, mais qui est une espèce de carton plein, c’est Gimber. Gimber, c’est hollandais. En gros, c’est du condensé de gingembre que tu viens topper au Perrier, au soda water. Et c’est très présent dans les épiceries, chez les cavistes, etc., et dans toutes les zones de prescription. Et ça a commencé uniquement en B2C sur internet, en D2C même.

Ça c’est un carton plein, c’est un énorme carton. Les gars, ils ont à peu près notre âge, on a dû lancer en même temps avec Hysope et c’est déjà présent dans toute l’Europe. Ce sont des monstres, vraiment.

Au final, le sirop a de l’avenir !

Ça me fait penser aux sirops pour la Sodastream, c’est un peu le même principe au final ?

Ouais, alors c’est peut-être un peu le même principe, sauf que là c’est ultra premiumisé, avec un peu des codes spiritueux. Et moi perso, je trouve ça très cher, mais c’est cool. Mais oui, c’est un peu le côté sirop.

Après, du concentré, au final ça peut être plus cher. Mais vu que c’est très concentré, tu en mets moins, donc tu gardes plus longtemps le produit au final.

Ouais, exact. Et d’ailleurs, ce n’est pas un de nos déploiements, nous, imaginé, parce que pareil, comme je disais, il faut être focus. Mais je pense que le sirop a un bon avenir pour moi, typiquement, avec toutes les démarches RSE du moment. Tu reviens à des trucs hyper simples. Le sirop, c’est un truc vieux comme le monde et ça revient, c’est intéressant.

C’est clair. Après, ce ne sera plus les sirops Teisseire avec le sucre abusé et tout ça. Mais ça redéfinit un peu tous les métiers et toutes les boissons qu’on a toujours connues dans notre vie, mais avec moins de sucre, plus local, plus craft. Ouais, globalement, c’est un peu ça.

Sour tonic, sour cola… l’acide et le salé dans le sans alcool

Et est-ce que toi tu verrais un tonic acide ou du sour tonic ? Est-ce que ce que ça existe ? Est-ce que tu verrais ça en tendance ?

Alors, pas forcément un tonic, parce que justement dans le tonic, on s’attend quand même pas mal à de l’amertume. Le tonic en lui-même est un produit amer.

Mais j’ai décelé un peu une tendance très anglo-saxonne, c’est le sour cola. Ce n’est pas une espèce de grosse lame de fond, mais oui, ce sont des sujets que je regarde.

Après, c’est toujours la même chose, c’est : est-ce que ça répond à un vrai besoin marché et une envie des palais ? Les palais aux US et en France, ce n’est pas du tout la même chose. Et typiquement, en France, le soda water est inexistant. Tu vas au UK et aux US, ce sont des parts de marché hyper importantes et c’est même considéré dans la catégorie premium incompris [0:08:55].

Mais donc ouais, l’acidité, ça me fait penser… Je suis un énorme fan de Top chef et les gars, ils te disaient tout le temps : « un bon plat, c’est un bon mix entre l’amertume… un bon dessert, c’est entre l’amertume, le sucre et l’acidité ». Et moi, je décris souvent mes produits comme ça. Je dis souvent qu’un bon tonic, c’est un peu une bonne balance des trois.

Tout le monde fait un peu un haro sur le sucre aujourd’hui, mais mine de rien, c’est aussi ça qui donne de la structure. Et si tu en enlèves trop, au bout d’un moment ça donne un truc flotteux et du coup ça déséquilibre. Et donc je trouve que c’est ce bon équilibre qui fait que ça fonctionne.

C’est marrant que tu mentionnes Top chef parce qu’il y a Drink Masters qui vient de sortir sur Netflix où c’est la même chose, mais pour les mixologues et les barmen. Peut-être que c’est ce genre de programmes aussi qui peuvent démocratiser de nouvelles tendances, de nouveaux goûts, ou de la curiosité tout simplement.

Après, pour en venir au sour tonic ou peut-être au sour cola, c’est super intéressant.

L’IPA en France, elle est là depuis dix ans, mais elle est depuis 96 aux États-Unis. Et pourtant, elle est arrivée en masse et énormément de gens kiffent ça. Et maintenant, il n’y a que de la Modern IPA de partout, Hazy, NEIPA, on voit ça un petit peu de plus en plus dans les rayons, pas forcément dans les rayons geek, même les rayons de GMS.

Et le côté sour, les bières acides, c’est pareil. C’est peut-être plus côté féminin en termes de clientèle pour tout ce qui est bière acide, et encore, peut-être pas. Mais c’est pour ça que je me dis qu’au final, on peut envisager des choses comme ça où on est plus sur l’amer, on est plus sur l’acide. Les bières houblonnées, soit elles sont très houblonnées, soit maintenant elles sont acides (Rire.) Donc en termes de tendance, il peut potentiellement y avoir quelque chose là-dedans.

Pour le coup, c’est un truc que j’ai décelé il y a trois ans et j’étais complètement à la bourre par rapport aux tendances que tu pouvais voir en Angleterre ou en Amérique du Nord.

Mais en gros, ce qui fait le succès du tonic et ce qui fait le succès des marques comme Campari ou même Picon – Campari qui a racheté Picon – c’est que l’amertume devient un truc trendy parce que premium. L’amertume n’était pas forcément appréciée, ça faisait comme si tu avais un palais aiguisé que d’apprécier l’amertume. Et tu vois, aujourd’hui, les negronis et les americanos, tu n’as plus un bar qui ne les proposent pas. Alors que même il y a deux ans et demi, d’avoir un americano avec un vermouth un peu quali, ça n’existait pas quoi.

En fait ce dont je me suis rendu compte, et ça revient à ce qu’on disait tout à l’heure, c’est le côté trend-setter. C’est que la mode elle est au premium et le premium est à l’amer. Ça c’est typiquement un business dans lequel j’aurais pu me lancer, c’est de lancer une marque de vermouth. Moi je suis un gros fan de vermouth. Parce que j’y vois vraiment un futur déploiement en mixo important. Et aujourd’hui, c’est ultra trusté par cinq marques et c’est terminé, il n’y a rien de plus.

C’est super intéressant ce que tu dis. Et pour en revenir aussi sur le côté vermouth ou cocktails ou choses comme ça, il y a aussi la margarita qui est le cocktail le plus populaire du monde et pourtant qui est très salé au final. Il a une pointe d’amertume, mais plus de sel. Donc là, on n’est pas dans l’acide, pas dans l’amer, on est dans le salé, c’est encore autre chose. Donc je ne sais pas si on peut jouer dans un portefeuille de tonic sur tous ces aspects-là. Je pense que ça doit même déjà exister, mais avoir des petites notes, soit salées, soit acides, soit amères, soit sucrées… enfin sucrées, il y en a déjà au final.

Ouais. Et je pense à un truc que j’adore, c’est le mezcal mule par exemple, avec ce côté fumé de l’agave, je trouve ça vraiment génial.

En fait, il y a plusieurs choses derrière ce que tu dis. Le but du tonic, il est… enfin moi c’est ce que j’essaye de faire avec Hysope. Ce n’est pas forcément de révéler le spiritueux parce que ça voudrait dire qu’on est toujours en retrait. Et l’idée, elle est juste de trouver le bon match. C’est-à-dire que moi j’ai des tonics qui ne vont pas du tout avec certains gins, ça me fait chier, mais c’est le cas, parfois ça ne matche pas.

Mais ce qui est important, c’est que d’une part, nous on est quand même très axé mixologie. Et le mixologue, c’est son job de justement trouver la balance des ingrédients. Donc il n’aime pas forcément qu’on lui dise ce qu’il faut faire. Donc il n’aime pas que l’on crée quelque chose de trop exubérant ou trop marqué puisque c’est à lui de…

Drink master, c’est ça derrière aussi, c’est de trouver la bonne balance, le bon équilibre, etc. D’ailleurs, si tu fais attention à notre gamme chez Hysope… nous on essaye de dire que l’on fait des choses assez brutes. C’est-à-dire qu’on a un tonic classique, on a un truc concombre, citron, fleur de sureau. On n’est pas hibiscus et bois de hêtre. Et on n’est pas allé sur des trucs hyper exubérants ou hyper techniques parce qu’on se dit : « en fait, mine de rien, dans nos recettes tu as déjà quatre ingrédients, enfin quatre aromatiques différentes et c’est déjà beaucoup pour faire que ça soit… »

Et en plus, tu vas ajouter potentiellement un gin qui, lui, a huit aromatiques. Donc là tu arrives…

Quand ce n’est pas 127 ou… (Rire.)

Ouais, c’est ça. Mais ce n’est pas créer des bonbons, l’idée c’est de faire des choses quand même droites.

Et donc moi, je n’ai pas forcément vocation à étendre la gamme, à vendre cinq références. Alors c’est intéressant, tu fais une édition limitée, typiquement j’aimerais bien lancer un truc un peu pomelo l’été prochain, enfin ce n’est pas que j’aimerais, c’est que je vais le faire, et c’est intéressant de le faire de temps en temps.

Mais d’ailleurs, tu ne trouves pas forcément ton marché et les gens sont contents de t’avoir dans… bah c’est ce que font hyper bien les brasseries, d’ailleurs, pendant des périodes assez courtes, ils font des batchs, des éphémères. Et je pense que ça pour le coup, ça a vocation à exister aussi dans la mixo et donc dans le tonic.

C’est vachement intéressant le côté éphémère dans le tonic. Et là, tu parlais aussi, tu ne t’es pas mis dans des recettes trop folles. Au final, tu viendrais concurrencer directement les marques de kombucha parce que c’est typiquement le créneau de faire des recettes très bonnes et qui donnent envie, mais du coup qui ne se mixent pas.

Premium mixers & mixologie

Mais bon, après, est-ce que le but d’un tonic premium, c’est forcément d’être mixé ? Et là, c’est peut-être une autre question, est-ce que tu arrives aujourd’hui à connaitre la part de gens qui consomment ton produit sans le mixer dans un spiritueux, juste pur en soda ?

Je n’ai pas les chiffres, mais je pense que c’est de l’ordre de 3 % à 5 %. Et en fait aujourd’hui, c’est mon souhait justement d’avoir une drink strat mixologie. Parce que si je commence à partir sur de la conso… Déjà, nous, c’est du 20 centilitres, donc en rapport poids-prix, je ne pense pas qu’on soit hyper intéressant par rapport à tous les sodas.

Et puis après, je vais aller me battre avec les thés glacés, les citronnades, les machins, et avec des produits potentiellement moins sucrés, éminemment moins chers, et puis tu vas te battre avec de la MDD, etc. Moi je veux tirer le côté premium mixer. En fait, premium mixer, ça dit tout, à la fois premium et mixer, donc c’est mixologie haut de gamme. Et moi, c’est vraiment la catégorie dans laquelle je veux aller parce qu’il y a un marché français à conquérir qui est énorme, qui n’est pas du tout mature. Même si encore une fois, les geeks connaissent un peu, on est très loin du résultat et il y a toujours un champion national qui émerge et j’aimerais bien que ce soit nous.

En tout cas, c’est super intéressant. Là, on va parler plus du futur et encore une fois, peut-être des tendances un peu plus loin, qu’est-ce qui pourrait se passer en 2023 et après et toi, ce que tu pourrais voir émerger.

Je repars d’un fait qui vient de Beverage daily, qui est un blog assez cool, où il y a plein de news. Et ils parlaient de la British soft drink association (BSDA), qui a soumis des preuves à l’Union européenne en mai 2014 qui montraient que le tonic water a porté ce nom dans tous les pays de l’Union européenne depuis plusieurs décennies, ce qui étaye le dossier pour que l’eau tonic soit reconnue comme un descripteur générique. Les descripteurs génériques sont utilisés pour les aliments et les boissons qui pourraient impliquer un effet sur la santé, mais qui ne sont pas interprétés de cette manière par les consommateurs et sont donc exemptés de la réglementation sur les allégations de santé.

Est-ce que toi tu as fait un travail à ce niveau-là pour Hysope ? Est-ce que tu as des infos supplémentaires sur le sujet ? Parce qu’effectivement, eau tonic, il peut y avoir un côté santé, mais qui ne l’est pas, potentiellement associé aux spiritueux aussi ?

Je vais être tout à fait honnête, non, je n’ai pas fait ce travail-là. Parce qu’aujourd’hui, à la fois sur le tonic water et sur la ginger beer, il n’y a pas de règlementation. Ginger beer, tu parles de bière juste parce qu’il y a un brassin, pour autant il n’y a pas d’alcool et donc cela prête à confusion.

Et en fait aujourd’hui en France et même d’un point de vue européen, il n’y a pas de législation là-dessus. Un tonic water, aujourd’hui tu peux appeler « tonic » alors même que tu n’as pas de quinquina. C’est comme tu peux t’appeler « vin sans alcool », alors qu’à la base le vin, c’est le fruit du raisin.

Pour répondre à ta question, non, là-dessus moi je n’ai pas poussé le truc à ce point-là.

Les bienfaits de la quinine

Et ça me fait penser à une chose qui est hyper drôle, je pense que tu ne t’attends pas à ce que je te dise ça, mais la page la plus vue de mon site internet, c’est une page de blog qui s’appelle « les bienfaits de la quinine ». Et parce qu’à l’époque du Covid, il y en a qui disaient qu’on pouvait soigner le Covid avec Schweppes, puisque Schweppes, c’est la quinine qui entre dans le cadre du traitement de la malaria.

Et le Covid et la malaria pouvaient être un petit peu communs dans les souches, etc. Et donc c’est aujourd’hui la page la plus vue devant « notre savoir-faire », « l’équipe », « manifesto » ou quoi que ce soit, ce sont « les bienfaits de la quinine sur mon corps », parce qu’on avait écrit un truc là-dessus, ça c’est un petit hack de SEO pour remonter.

Donc cela rejoint un peu ce que tu dis, c’est le côté tonic qui effectivement fait un peu tonifiant, positif, etc., qui peut potentiellement induire en erreur parce qu’effectivement, il y a quand même du sucre, c’est consommé avec de l’alcool, etc.

Je ne me suis pas trop posé cette question et j’avoue que ma clientèle ne me la pose pas.

Boisson fonctionnelle, nootropiques, adaptogènes, energy drink

Du coup, j’introduisais ça comme ça et toi tu l’as très bien redit avec ton article de blog. Parce que je me posais la question du tonic fonctionnel ou limite du tonic pour sportifs. Parce que les boissons fonctionnelles, on le sait, c’est un gros boom, donc toujours pareil, grand boom aux États-Unis, UK, Australie. Et du coup, ces boissons fonctionnelles, elles peuvent être à base de CBD, donc maintenant tout le monde sait ce que c’est le CBD. Et puis on a Baga boissons par exemple, que j’ai déjà interviewé, qui fait ça.

Maintenant, on parle de « nootropiques » aussi. Les nootropiques, ce sont des substances stimulantes qui permettent une augmentation de certaines capacités cognitives, donc amélioration des performances, de la concentration, de la mémoire, de la productivité, etc. Donc un genre de « coke » légale et bien pour la santé.

Et on parle aussi d’adaptogène, c’est une substance naturelle qui agit sur le corps en s’adaptant à ses besoins et en augmentant sa résistance au stress par exemple.

Donc tout ce qui est neurotrophique, adaptogène, donc au final un peu des compléments alimentaires. Généralement, quand on va à La Vie claire ou à Biocoop, c’est dans le rayon compléments alimentaires et puis on se choppe un petit shot le matin ou ce genre de choses.

Là, ça commence à s’infuser et à se diffuser dans les boissons RTD ou même dans les sodas water.

Est-ce que tu penses que ce genre de choses pourrait venir sur le marché français ? En gros, est-ce qu’elle servirait à quelque chose par rapport à un Perrier aromatisé ?

Je crois vraiment que pour le coup, il y a énormément de gens qui sont à la recherche de ce type de produits, mais sans forcément les connaître. Aujourd’hui, ils recherchent ce genre de potentiels bienfaits.

Quand je pense à la kombucha ou au kéfir, les gens qui vont chercher ça, c’est à la fois pour les probiotiques, c’est le côté digeste, etc., donc c’est aussi pour se faire du bien en un sens.

Les noo dont tu parlais, moi j’avoue que je ne connaissais pas pour être franc. Après, toutes les boissons fonctionnelles, je suis absolument convaincu que ça, ça ne va faire que boomer. Si tu prends le parallèle, je pensais que les energy drinks, ça se pétait la gueule et en fait, ça ne fait qu’exploser, c’est en constante croissance ce truc.

Et donc dans energy drink, il y a « énergie », et je pense que c’est ce que les gens viennent chercher, c’est ça. Alors que pour le coup, si tu vois la compensation de sucre qu’il y a là-dedans, les bienfaits ils ne sont pas forcément là quoi. Mais pour autant, les gens sont peut-être un peu biaisés dans leur lecture du produit. Mais ouais, je crois clairement que les boissons fonctionnelles, ça va arriver.

Et pour Hysope, non ? (Rire.)

Mais pour moi, c’est beaucoup plus mass market. À une époque, je m’étais posé la question du tonic au CBD. Je trouve que ça peut faire un peu le buzz deux secondes. Mais est-ce que c’est ce qu’on vient chercher dans un tonic ? Je ne pense pas.

Et en fait, c’est toujours les instants de conso, c’est l’usage de ton produit qui influe pour beaucoup. Et ça revient à ta question initiale, c’est : combien de pourcent de personnes l’utilisent sans alcool ? Bah en fait, c’est que dalle.

Moi aujourd’hui, ma consommation elle est liée à l’alcool et du coup on se fait plaisir. Et d’ailleurs, nous, on doit tourner à 7 grammes de sucre. Et ce n’est pas rien, mine de rien. Et on est dans la moyenne basse du marché. Mais les gens qui viennent se chercher un gin to’, ils savent qu’ils viennent prendre de l’alcool et qu’il y aura un peu de sucre.

Et c’est marrant – et moi je fais le parallèle pour revenir à la food – les gens achètent du bio et du sain pour eux à la maison en GMS et consomment de moins en moins de viande. Et en revanche, tu n’as jamais eu autant de restaurants où c’est la grosse barbaque, c’est hyper cheesy, c’est machin.

Donc en fait, en fonction des instants de consommation, tu ne recherches pas les mêmes choses. Et donc moi, mon tonic, les gens ils ne viennent pas chercher quelque chose d’énergisant ou de bienfaits, etc.

J’aurais tendance à me dire : « qu’est-ce cherchent les gens qui viennent sur la page la plus consultée de mon site ? ». Et me dire : « mais s’ils lisent tout un pavé et qu’en-dessous, il y a un bouton pour cliquer, pour acheter une boisson au final fonctionnelle, pour le coup qui est en rapport avec ce qu’ils sont en train de lire, ça fait peut-être direct sens ».

Mais après, encore une fois, on en est à la stratégie de marque, à l’architecture de marque. Est-ce qu’il faut qu’Hysope soit présent ou que ce soit juste un sponsor d’une nouvelle marque. Et après, ça pose plein de questions, je fais un workshop d’ailleurs là-dessus. Mais ça pose plein de questions sur tout ça, sur au final comment tu développes ta marque, ta stratégie et est-ce que tu deviens une « house of brands » ou est-ce que tu restes focus jusqu’à ce que ça marche ? Et ça peut durer longtemps. De toute façon, c’est du long game, on le sait tous, on est là pour durer et les tendances elles se créent sur cinq ou dix ans.

Tonic houblonné pour se positionner sur la catégorie Hop water

Et j’avais une autre tentative de trend à voir, c’est que je voyais qu’il y avait aussi la « hop water », donc l’eau houblonnée, qui commence à arriver chez pas mal de brasseurs.

Tu disais tout à l’heure qu’il pouvait y avoir peut-être une concurrence ou en tout cas des produits à cheval avec le craft soda, etc., chez les brasseurs. Est-ce que du tonic houblonné aurait du sens selon toi ?

C’est une trop bonne question parce que là, la réponse est clairement oui. Je ne suis pas hyper expert du monde brassicole et je ne connais pas très bien les variétés de houblon, etc., même si je suis assez fan de bière. Tu as plein de types d’amertume via ton houblon. Et clairement, ça pour le coup, moi je me suis vraiment posé la question.

Ça, ça peut faire l’objet d’une collab, ça peut faire l’objet d’un brassin éphémère, etc. Mais encore une fois, c’est une catégorie à créer, donc moi je réfléchis un peu sur mon focus là-dessus. Gustativement, je pense que ça peut être très cool, vraiment. L’amertume du houblon, ça peut être vraiment cool.

Moi j’y vois une tendance dans le sens où ça rejoint ce qu’on évoquait l’heure, l’amertume, qui est pour moi un truc de fond.

Et je fais souvent ce comparatif avec le vin, tu n’as jamais eu autant de vins blancs secs qui ont été consommés. Il n’y a plus de moelleux, plus personne ne boit de moelleux, plus personne ne boit de demi-sec. Et en fait, le goût va vers ça. Donc les hop water, j’y crois, mais ce n’est pas moi qui porterai la catégorie (Rire.)

Ouais, toujours la même chose, mais c’est vrai que c’est super intéressant de penser à ce niveau-là. Et puis même des fois, ce sont les grosses entreprises qui attendent que les petits qui font de la R&D se lancent à quelque chose et puis hop, ils arrivent sur leurs gros chevaux une fois que c’est fait et puis c’est facile pour eux, ils ont juste à allonger la thune et limite à racheter deux-trois choses. Et c’est ce qui se fait, je pense, avec Dr Pepper. Parce qu’il y a une R&D de fou derrière Atlantic brewing, ils ont énormément de process pour faire leur bière sans alcool. Du coup, ils ont mis un petit billet et puis…

Ouais, mais c’est ce que fait Coca en rachetant incompris [0:29:17] là il y a peu de temps. Ils ont racheté une marque anglaise qui se dit grecque, bref, ils ont racheté ça 40 millions, je crois, 45 millions.

Ils avaient racheté Royal bliss, une marque espagnole, il y a quelques années. Ils avaient racheté Finley. D’ailleurs, aucun des deux, Finley et Royal bliss, n’avaient été des succès, alors que tu as la puissance de frappe de Coca derrière. Donc tu te dis : « punaise, tu dois réussir… ». Et c’est là que tu dis : « mais en fait de 50 millions pour eux, c’est peanuts ».

🧵 Ressources

🔮 Tendances 2023

A propos du podcast

À travers ce podcast, à la fois fun et enrichissant, j’ai souhaité marquer mon empreinte d’expert dans le secteur de la boisson alcoolisée et non-alcoolisée en invitant des professionnels de l’industrie : brasseurs, distillateurs, vignerons, cavistes, journalistes. Mon but est d’apporter de l’inspiration à ces acteurs de la filière Potions pour les aider à sans cesse se renouveler. C’est ainsi qu’est né le podcast SuperPotion™, une émission divertissante et empreinte de nostalgie pop-culture pour les années 90s.

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Ludovic

Brand Strategist & Podcaster

Ludovic est le fondateur de Studio Blackthorns, une agence créée en 2010 spécialisée dans le secteur de la boisson alcoolisée.